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Main Gallery: Last Judgement

Cette icône extraordinairement grande est si complexe que le musée en a commandé une étude peu après son entrée dans la collection. Boris Knorre [nor], professeur agrégé en sciences humaines à l'École Supérieure d'Économie de Moscou a analysé l'icône et a rédigé une étude de 30 pages la détaillant par rapport à d'autres grandes icônes représentant le Jugement dernier. L’un des aspects de sa complexité émane du fait que les icônes du Jugement dernier comme celle-ci ne représentent pas qu’un seul récit, contrairement à la plupart des icônes. Cette icône combine en effet plusieurs récits bibliques détaillés de l'ancien et du Nouveau Testament. Ensemble, ils illustrent les enseignements de l'Église sur la justice divine et le sort des humains après la mort.

Nous savons que cette icône provient de la ville de Yaroslavl, en Russie centrale. Le musée régional de Yaroslavl possède deux autres icônes du Jugement dernier d'échelle et de complexité similaires. Examinons quelques éléments spécifiques de ce chef-d'œuvre pour le comprendre dans ses détails.

Au centre même de l'icône se trouve l’hétimasie, ou « trône préparé » en grec, représentant la seconde venue du Christ. Sous la table se trouve la main de Dieu, tenant une balance sur laquelle les âmes des morts seront jugées.

À la gauche du centre, au bas de l'icône, un cercle entoure quatre animaux fantastiques. Des inscriptions les accompagnent.  Dans le sens des aiguilles d’une montre, les symboles et inscriptions nous révèlent tout d’abord l'ours montrant les dents qui personnifie le Royaume de Perse. Sur le léopard à trois têtes et à ailes dorées qui apparaît ensuite, les mots « Royaume hellénique » sont inscrits. Enfin, l'étrange bête à dix cornes qui suit représente l'Empire romain, et le lion ailé, le Royaume babylonien. Ces quatre animaux sont les symboles des royaumes terrestres condamnés, destinés à être remplacés par le Royaume de Dieu le jour du Jugement dernier .

Beaucoup de ces scènes apocalyptiques proviennent du Livre de Daniel. Cependant, les inscriptions présentes tout autour de l’icône émanent de sources diverses. Celle qui se trouve tout en bas du cadre, par exemple, provient d’une homélie de Cyrille d'Alexandrie, au Ve siècle. C'est là un ajout inattendu dans une icône, bien que la pratique ait été répandue dans les livres de prières orthodoxes grecs et russes.

En poursuivant le déchiffrement des symboles, nous découvrons l’homme droit mis au pilori — un pécheur se montrant néanmoins vertueux en général — puis le ver du péché, qui symbolise les tourments individuels de péchés spécifiques présageant des épreuves que les damnés devront endurer. L’extrémité du ver du péché arrive à la bouche d’un Satan ailé, Lucifer, archange déchu, chevauchant sa bête à cornes. Sur les genoux de Satan, un sac de pièces d'argent à la main, se trouve Judas.

À la droite du trône préparé et de la main de Dieu, des groupes d'anges poussent des pécheurs en enfer à l’aide de tridents. Le groupe de pécheurs le plus proche de ces anges représente les étrangers qui ne pratiquent pas la foi orthodoxe. Le groupe qui se trouve en dessous d'eux, plus proche des feux de l'enfer, représente les orthodoxes russes qui n'ont pas respecté les préceptes de leur foi. Les groupes sont ici séparés par nation, en enfer comme sur terre.

Cette icône est destinée à enseigner que le salaire du péché est la damnation et que le Jugement dernier est inévitable. Ces symboles se trouvent habituellement sur la droite du mur arrière des églises orthodoxes russes, de manière à rappeler aux fidèles sortant de l'église le jugement qui les attend.

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