Ces dix icônes à double face proviennent d'un ensemble de douze, dont chacune représente un mois de l'année. La minyeïa est un type d’icône servant de calendrier liturgique. Chaque jour de l'année est représenté par un ou plusieurs saints ou fêtes commémorés par l'église orthodoxe ce jour-là. Les minyeïas étaient très utilisées par les croyants orthodoxes pour suivre les fêtes religieuses tout au long de l'année. Ils sont l'équivalent visuel d'un calendrier liturgique. Dix mois de l’année sont présents ici, la première moitié du mois au recto et la deuxième au verso. Malheureusement, janvier et mars sont absents de cet ensemble.
L’échelle réduite de cet ensemble indique qu'il aurait été utilisé dans un cadre personnel, la section courante du calendrier affichée sur un pupitre et retournée toutes les deux semaines. Il est à noter que le nom du mois est apposé plutôt grossièrement en haut de chaque icône. Il s’agit probablement d’un ajout ultérieur.
L’historique de cet ensemble d'icônes, ou plutôt de ses propriétaires, est clair, ce qui est rare. L’inscription « Ces minyeïas appartiennent à Dimitriy Andreevich Stroganov » figurant au bas de chacune nous indique qu'elles ont été commanditées par l’influente famille Stroganov. La famille Stroganov a joué un rôle politique et culturel important en Russie, du 15e siècle à la révolution, tirant sa fortune de l'extraction de sel et de minerai. Divers membres de cette famille aristocratique ont été mécènes, et leur influence a été telle que tout un style de peinture d’icône, connu sous le nom d’école Stroganov, s’est développé en réponse à leur goût. Les icônes de l'école Stroganov sont typiquement de petite taille, exquisément détaillées, et ont une gamme limitée de couleurs terreuses.
Les minyeïas exposées ici présentent les caractéristiques typiques de l'école Stroganov. Elles sont extraordinairement détaillées, et le talent du peintre est sans égal. Les dix icônes existantes de cet ensemble comportent environ 675 saints et scènes. Aucune figure ne dépasse 2 cm et demi, mais la griffe de l’artiste est aisément identifiable. Le musée a traduit les inscriptions qui surmontent chaque figure ou scène, et a ainsi identifié la grande majorité d'entre eux, à l’exception de quelques saints obscurs qui peuvent n’avoir eu qu'une importance locale.
Parmi les 675 saints et scènes, certains sujets sont particulièrement remarquables :
La vie de Sainte Marie d'Égypte se trouve dans la partie supérieure du recto de la minyeïa d'avril. Cette scène relativement grande comprend la rencontre de Sainte Marie avec le moine Zosime ainsi que l’épisode légendaire lors duquel un lion aide à creuser une tombe pour elle.
Saint Christophe à tête de chien, représenté sur la troisième rangée du recto de la minyeïa de mai, était un chrétien du IIIe siècle à la force légendaire et au visage défiguré. Il existe plusieurs théories sur les origines de la tête de chien. L'une d'elles repose sur une traduction erronée du terme latin « cananeus » (Cananéen) en « canin ».
On retrouve les sept conseils œcuméniques tout au long de l'ensemble. Ces scènes célèbrent les différents conciles qui ont défini la doctrine de l'église.